Le nationalisme commence ici
le quotidien d'Oran 1/12/2006
Kamel Daoud
Dilemme à la base du rêve algérien : faut-il reconstruire l’Algérie par des étrangers au bénéfice des Algériens ? Ou faut-il le faire par des Algériens qui ne savent pas le faire, qui prennent tout leur temps pour le faire ou qui ne le ferons jamais bien ? Dans un pays qui a beaucoup d’argent, d’énormes besoins mais qui n’a pas de main-d’oeuvre qualifiée, la réponse a été d’importer des Chinois pour le bâtiment, des Japonais pour l’autoroute et des Français pour les canalisations par exemple. Le bénéfice est double. D’abord un ministre ou un wali y gagne en argent mais aussi en délais et pense surtout à finir dans les temps pour présenter le bon bilan à son employeur souverain. Que cela se fasse au détriment de la création d’emplois pour les Algériens et de leur formation à long terme et du développement de leurs aptitudes à assumer les lourds chantiers, cela personne ne veut apparemment y penser. L’exercice du nationalisme se limite à l’hymne et aux gerbes de fleurs et ne doit pas mettre en jeu les carrières ni les statistiques. L’autre bénéfice que les étrangers en Algérie mettent souvent sur la table des négociations, est bien sûr celui des délais courts par rapport aux entreprises algériennes et celui du moindre coût que cela suppose. Tout le monde est gagnant dans l’affaire, sauf le pays, mais cela c’est une autre affaire. Le miracle de la main-d’oeuvre étrangère fait illusion même chez les Algériens de base qui s’extasient devant la rapidité des réalisations et oublient que cela signifie surtout de moins en moins de marchés et d’emplois pour eux et qu’à la fin du parcours ils auront le logement, la route mais pas le salaire qui permet d’en jouir.
D’un sac de ciment à l’autre, il est facile de voir aujourd’hui des marchés de rampes et de trottoirs être offerts à des Chinois pour les mêmes raisons de délais et de satisfecit, un peu partout en Algérie. Pour bien vendre cette solution « importée » l’argument des officiels algériens et de leurs clients est déjà bien rodé: les Algériens ne savent pas travailler et ne savent rien faire depuis longtemps et il est difficile de trouver des entreprises locales capables de fabriquer des escaliers dans des délais raisonnables. Est-ce vrai ? Un peu mais pas beaucoup. La petite vérité est que tout le monde s’accorde à faire le procès de la « main-d’oeuvre algérienne » et de ses petites entreprises et personne ne veut s’avouer que le coupable dans l’affaire ce ne sont pas elles mais les circuits et les administrations qui en organisent l’accès au marché, qui en excluent les plus performantes au profit des plus corrompues ou des plus proches des ordonnateurs. La réalité est qu’il n’est pas tout à fait vraie que les entreprises algériennes sont toutes défaillantes et incapables, mais il est surtout vrai que l’Algérie, son administration, ses circuits de corruption et sa culture clientéliste ont surtout aidé à l’émergence de fausses entreprises et à « nourrir » par de faux appels d’offre celles qui offrent la meilleure enveloppe et pas le meilleur résultat. Tout concourt pour exclure les meilleurs, les réduire à des états impayés et à les faire remplacer par « de proches parents » pour enfin pouvoir conclure que les Algériens sont incapables de mettre une pierre sur une autre. La frénésie des délais et des qualités réduisent certes les coûts dans l’immédiat mais personne ne veut s’avouer la facture à long terme pour tout le pays, pour sa main-d’œuvre que les étrangers ne recrutent souvent que pour le gardiennage et pas pour le partage de l’expérience et du savoir-faire, et pour l’économie nationale piégée par des cycles de chantiers et d’inaugurations. Les entreprises algériennes, celles qui existent malgré tout ou celles qui ont disparu parce que le jeu de la concurrence était faussé, payent un peu seules la facture de trente ans de socialisme handicapé, sous prétexte de doctrine de l’efficacité. Personne ne veut voir qu’aux trente ans de collectivisme qui ont fabriqué un Algérien qui ne sait rien faire, vont s’ajouter dix ans de « relance » où l’Algérien n’a plus qu’à faire le berger et à applaudir son remplacement.
Soit le journaliste est jeune soit il manque lui-même de formation :
le socialisme n'a jamais remis en cause la formation des hommes bien au contraire c'est dans les pays nordiques (Europe) où un minimum de socialisme est appliqué que les individus et les Etats sont les plus développés, les plus patriotes, les moins corrompus et les plus heureux !
dire que les Algériens ne sont pas formés est une ignorance des 40 dernières années du pays car il suffit de reprendre les statistiques depuis 1962 pour dire la réalité sans discours creux ou propagande: notre grande regression est venue avec les nazillons verts c'est à dire depuis l'arrivée de chadli et le retour de boutef leurs cousins bologiques et culturels : plus les mosquées se remplissaient plus les lieux du savoir et de la modernité s'amenuisaient ! !
quant à la corruption, nul n'est à l'abri : il y a ceux qui volent le boeuf sans se faire voir et prendre et ceux qui chapardent l'oeuf et qui sont plus que visibles...