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 Libérer l’Histoire de Tamazgha en décolonisant les mentalités

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izemrasen

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MessageSujet: Libérer l’Histoire de Tamazgha en décolonisant les mentalités   Lun 1 Fév - 5:35

Azul s Tmazight

Décoloniser l’Histoire de Tamazgha en décolonisant les mentalités

J’attire l’attention sur le fait que les Imazighen (Amazighes) ne viennent de nulle part, puisque leur existence civilisationnelle remonte à la nuit des temps, mais il est admis que les influences circonstancielles et les interactions réciproques de plusieurs peuples, tels que les Egyptiens, les Grecs, les Phéniciens, les Romains… et, dernièrement, les Arabes, avaient bel et bien existé et ce, par rapport à la position géographiquement stratégique de l’Afrique du Nord. Ce qui est irréfutable, c’est que l’Amazighe est certainement le plus permanent et le plus important et le plus ancien. De nos jours, les recherches se poursuivent activement et ouvrent de nouveaux champs de connaissance sur le passé le plus lointain des Amazighes. Ni le mythe selon lequel les Amazighes viennent d’Europe, ni celui qui dit que les Amazighes viennent d’Asie ne peuvent être admis. Des pseudo-historiens et généalogistes falsificateurs, pour prétendre que les Amazighes sont d’origine de telle ou telle région, de tel ou tel peuple, n’ont trouvé que d’inventer des fables et d’appliquer les méthodes mensongères.

La présence et les manifestations de la civilisation amazighe étaient depuis la haute antiquité attestées sur une très vaste contrée africaine que couvre Tamezgha (l’Amazighie). Toutes les études scientifiques s’accordent sur le fait que les principaux éléments de la culture amazighe sont en place depuis la préhistoire : une même langue de communication, un peuple, un type d’arts, la même tenue alimentaire et vestimentaire… un mode de vie typiquement nord-africain. Cette civilisation, qui n’était jamais isolée, a sans être absorbée, su se développer au contact d’autres peuples du pourtour de la Méditerranée.
Il n’est pas sans utilité de dire qu’il existe une culture amazighe nourrie d’un ensemble d’interactions qui, en étant imprégné des civilisations méditerranéennes, assurait les relations entre la rive nord de la méditerranée et celle du Sud. Ces influences interactives et complexes expliquent, d’un coté, la tendance à donner et à supposer aux Imazighen des origines extra-nord-africaines.
Les amazighes ont pratiquement occupé tout le nord de l’Afrique depuis des temps immémoriaux. Et malgré les occupations historiques successives, les envahisseurs, en occupant surtout des portions littorales, étaient tout le temps contraints de respecter les royaumes amazighes situés à l’intérieur des terres. En partant d’Ibn Kheldoun, fondateur de l’histoire sociologique, les généalogistes et les historiens les plus sérieux avaient rejeté les énoncés qui faisaient de ces Amazighes des groupes ethniques d’origine tantôt grecque, tantôt perse, tantôt palestinienne, tantôt arabe... tantôt aryenne et tantôt sémite.
Bien qu’une lecture critique des sources documentaires médiévales peut apporter des informations d’un intérêt inestimable, entre autres, les noms de tribus et de confédérations de tribus amazighes, les méthodes généalogiques utilisées par l’historiographie médiévale, pour expliquer les origines des groupes ethniques qui peuplent depuis des époques préhistoriques l’Afrique du Nord, ne sont fondées ni objectivement, ni scientifiquement. Presque tous les historiens et les chroniqueurs médiévaux ont utilisé brillement leur pseudo-savoir pour inventer aux berbères des ancêtres communs liés à « un arbre généalogique principalement sémitique » à son tour fictif et ce, seulement pour se tailler des histoires sur mesure afin de montrer la supériorité d’une langue dans laquelle était révélée une religion et à laquelle l’on attachait son ascendance. Ces histoires montées de toutes pièces font qu’aujourd’hui beaucoup de gens croient à ces ascendances au même titre qu’à force de mentir, le mensonge finit par devenir vérité – mais pas pour l’éternité -.
Toutes ces origines que l’on suppose aux Imazighen restent du domaine des pures légendes. Elles ont un grand dénominateur commun, c’est qu’elles demeurent de nature à fausser les pistes du savoir et de l’intelligence. En anecdote, l’on a même rencontré des familles qui détiennent des arbres généalogiques qui, en couvrant dans les meilleurs cas 100 générations, les font remonter jusqu’à Adam. Cependant on oublie que si l’on se fie aux calculs établis par les anthropologues quant à l’apparition de l’espèce humaine (13 Ma), on serait conduit à donner le chiffre d’environ 394.000 générations ayant traversées les époques historiques et, notamment, préhistoriques où aucun humain n’usait encore d’une graphie. Ces arbres généalogiques qui existent ça et là ne peuvent que montrer ces fabulations généalogiques, l’inexactitude et la crédulité des gens. En fin, ce chiffre de 100 générations n’équivaut en grosso modo qu’à une durée de 3.000 ans. Ce qui, aux yeux de la science, est insensé et inadmissible.

Pour illustrer ce qui précède, l’on peut citer une d’elle qui fait remonter les Amazighes à une conquête fictive qu’aurait menée un chef ou un roi arabe du nom d’Afrikech (ifricos). La nature totalement erronée de cette histoire saute bien aux yeux, puisque même le nom de ce chef imaginaire dont la forme rappelle celui de l’Afrique qui n’est que d’origine amazighe, ce qui est déjà incompatible du point de vue linguistique avec l’arabe. Il y a lieu d’évoquer ici que, suite à des combats qui conduisaient aux victoires des uns et aux défaites des autres et surtout à la mobilité des tribus amazighes qui étaient déjà imbriquées les unes dans les autres géographiquement et ethniquement, la conquête arabe qui fut terrestre et non maritime apporta de grands bouleversements jusque-là inconnus et changea le jeu politique, la répartition géographiques des tribus et affecta lentement, mais sûrement, la carte linguistique nord-africaine qui avait marqué jusqu’alors la stabilité et la continuité de la langue des Imazighen. A l’échelle du Nord de l’Afrique, la mosaïque ethnique des Imazighen rappelle jusqu’aujourd’hui l’existence d’un ancêtre symbolique qui, s’il n’était pas madghès (imedghasen) – appelé aussi El-Botr - ou Branès (ibernas), il serait Amazighe, ancêtre éponyme des Berbères.

L’occupation par les Amazighes de tout le sous-continent africain (y compris une partie de l’Égypte pharaonique) depuis la nuit des temps, aidait aussi à la création des grandes villes qui allaient former le noyau à partir duquel se constitua la civilisation et les dynasties pharaoniques. Les études égyptologiques présentent de nos jours une valeur universelle du fait qu'elle aboutit à jeter la lumière sur le développement d’une civilisation raffinée dans la région géographiquement avantagée de la grande vallée du Nil ayant pris racine sur le continent africain. Grâce aux avancées perçantes des sciences, l’on sera par ailleurs plausiblement conduit à affirmer que l'Afrique fut non seulement le centre de l'apparition de l'homme, mais aussi son centre d'évolution et de dispersion vers les deux autres continents terrestres : l'Europe et l'Asie. Là, la théorie la plus appuyée sur l’origine de l’homme permet dans l’état actuel des recherches, de conclure sur l’origine géographique africaine de la lignée humaine. L’apparition de l’espèce humaine remonte à environ 13 Ma avant aujourd’hui. Au regard de la marche de l’humanité, le continent africain peut être considéré comme non seulement l’utérus terrestre ayant donné naissance au premier homme, mais aussi le premier et le plus grand théâtre sur lequel se jouait le drame de l'évolution humaine.

Et c'est grâce aux interactions des civilisations amazighe et égyptienne dans un même creuset que se provoqua la constitution des premiers fondements pré-dynastiques de l'Egypte antique. Beaucoup de Libyens profitèrent des échanges très anciens entre amazighes et égyptiens pour s'installer près du Nil et sur le bord des lacs. Et malgré les vicissitudes des millénaires, l’on rencontre jusqu’aujourd’hui la présence de l’oasis Siwa peuplée par des amazighes qui, en continuant de vivre en vase clos, pratiquent une variante amazighe appelée Tasiwit (le Siwi) et ce, en plein milieu de l'immense désert. Ce sont les rescapés de l’histoire des populations amazighes dans cette contrée d’Egypte. Le terme amazighe aghurmi (garamante) a pu se conserver jusqu’à nos jours dans le Sud de la région de Siwa. A présent, il est largement admis que la présence de termes de souche linguistique amazighe dans les dialectes égyptiens des régions où vivaient les Lebous n’est qu’un des signes du contact quasi-permanent entre les deux langues en question, à savoir l’Egyptien et l’Amazighe.
L’un des événements les plus importants de l’Égypte pharaonique s’attache au nom du roi amazighe Chachnaq 1er. Suite à une ancienne et traditionnelle incorporation de mercenaires amazighes dans l’armée égyptienne royale, l’Aguellid Chachnaq 1er après avoir vaincu de manière éclatante les armées du Pharaon, fonda la première dynastie amazighe d’Egypte. A ce propos, l’an zéro du calendrier amazighe se réfère à cette date historique de 950 avant J.-C. où Chachnaq fut monté sur le trône et fonda la 22ème dynastie de l’Egypte antique. Ces rois amazighes régnèrent sur tout le Delta et conservèrent ce trône dynastique durant plus de deux siècles, ce qui leur avait permis de jouer un grand rôle dans l’histoire égyptienne. Y a-t-il lieu d’évoquer ici que ce souverain était parvenu jusqu’à envahir la Palestine, qui était une contrée égyptienne, et piller les trésors du temple de Salomon dans la ville de Jérusalem (la Bible évoque ce Roi/Aguellid amazighe sous le nom de Sesac. Le même nom d’Aguellid, évoqué sous formes de Goliat et Djalout (selon les sources arabes), était un titre porté par le Roi que des généalogistes l’avaient à tort fait descendre de Pharès, ancêtre des Persans, et d’autres les avaient fait émigrer de la Syrie. Des sources ont affirmé que ce même Goliat (Aguellid) fut tué par David. Cette circonstance, parait-il, aurait induit en erreur ceux qui voyaient en Aguellid comme faisant partie des Philistins. Il y a lieu ici de dire que c’est une vérité historique, mais qui marche dans le sens inverse.
Une autre source historique fait du titre Aguellid (Goliat) le fils de Cais Ibn Ghailan, descendant de Maâd. Quelle grosse bévue. Ce terme Aguellid (pl. Iguelliden/Igueldan), en traversant les millénaires, est très usités actuellement dans les diverses variantes amazighes. Il donne le sens de roi. Par contre, le terme Aguellid n’est pas du tout attesté dans l’une des langues sémitiques.

En passant, l’on peut confirmer que les Amazighes étaient allés jusqu’à chambouler la civilisation égyptienne, voire méditerranéenne, en envahissant l’Egypte pharaonique. C’était aussi aux Amazighes inventeurs d’une roue inconnue jusqu’alors que les Grecs empruntèrent la technique d’atteler quatre chevaux à leurs chars et ce, aux alentours du douzième siècles avant J.-C.. Les Grecs ont entres autres emprunté aux Amazighes l’habillement et l’égide (en Amazighe, ighidh = chevreau).

Quant à la langue amazighe, celle-ci appartient à la famille de langues dite Afro-Asiatique. La zone géographique d’apparition de cette famille est un point de départ primitif situé en Afrique. C’est pourquoi l’on relève qu’une des langues les plus proche de l’Amazighe est l’ancien égyptien de laquelle dérive le Copte qui est à la base de la première appellation de l’Egypte, transformé en Misr (en Arabe).

Scientifiquement, la langue amazighe, qui est un indice capital de l’existence des Amazighes, est l’une des langues les plus anciennes de l’humanité. Elle couvrait déjà son autonomie dès les toutes premières formations des sociétés humaines pré-historiques. Par ailleurs, les spécialistes anthropologues et archéologues partagent largement l’idée que l’Afrique représente bel et bien le berceau de l’humanité et l’ancien continent par excellence où avaient apparu et évolué les premiers hommes.

La science, avec la contribution notamment de l’anthropologie, de l’histoire, de la linguistique et de la génétique, saura éclairer les zones d’ombres qui ne cessent d’être soulevées et controversées. Ce qui est étonnant, c’est que des spécialistes en génétique ne cessent d’appuyer la théorie d’Ibn Kheldoun selon laquelle les Nord-Africains sont de souche majoritairement amazighe.

Reconnaître et les vertus des Berbères permet de se rendre compte que c’est la conjugaison de son histoire, sa langue, ses fondements sociaux… et sa culture qui fait que les Amazighes ont pu laisser une forte trace indélébile à tous les niveaux. Supposer une origine aux Amazighes, différente de celle qui existe réellement et profondément, ne rend service et n’honore pas le savoir. Dans l’évolution actuelle des choses, un Amazighe, amazighophone ou arabophone, ne peut sentir sa profonde Nord-Africanité complète tant qu’il ne se considère pas appartenir à la civilisation amazighe, tant qu’il est déraciné de sa culture multimillénaire, tant qu’il continue d’ignorer son histoire et sa langue amazighe que ses aïeux pratiquaient jusqu’aux derniers siècles, voire ces dernières décennies.

« On a vu chez les berbères des choses tellement hors du commun, des faits tellement admirables qu’il est impossible de méconnaître le grand soin que Dieu a eu de cette Nation… » Ibn Kheldoun.

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