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 Richesse lexicale dans la diversité sémantique de Tamazight

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izemrasen

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MessageSujet: Richesse lexicale dans la diversité sémantique de Tamazight   Lun 1 Fév - 6:16

Azul fell-awen/γef-wen

Richesse lexicale dans la diversité sémantique de Tamazight


La langue, en tant qu’ensemble servant à transmettre et les messages et les idées, est un instrument de communication usité par les membres d’une communauté linguistique. Une communauté est toujours soumise aux différents et divers facteurs tels l’histoire, l’économie et la politique ; elle est aussi influencée par l’étendue géographique. Les liens qui unissent la langue et la société sont très étroits à tel point qu’il est impossible de parler de la langue sans parler de la société. Et la langue reste toujours le résultat des situations sociales, culturelles, économiques… et politiques qui se suivent dans le temps et dans l’espace. Ainsi, la langue qui réfléchit la situation existentielle de la communauté linguistique, n’est jamais par qualités intrinsèques faible ; elle est plutôt l’image de la société dont les divers facteurs sociaux (idéologiques, culturels, économiques, institutionnels, politiques…aussi bien que psychologiques) jouent le rôle prépondérant dans l’existence de la langue.

La langue amazighe comme d’ailleurs toute langue, et avec ses stratifications inter topolectales, ne fournit pas un cas d’homogénéité particulièrement au plan lexical. Elle connaît un ensemble de variantes topolectales aussi riche et aussi diversifié – même si l’on reste dans un même champ sémantique, l’image sémantique d’un mot peut se différer plus au moins sensiblement d’un topolecte à un autre –. Tandis que l’homogénéité grammaticale est la plus évidente.

La superficie (aussi bien que la vaste étendue historique, voire préhistorique) que se partagent les topolectes amazighes est tellement immense que cela n’est pas sans entraîner une hétérogénéité en particulier aux plans phonétique, morpho-syntaxique et lexical(-sémantique). L’écart lexical est dû aussi aux modifications des situations sociales en entraînant des répercussions sur la langue et des mutations dans le comportement linguistique.

En effet, la situation amazighe se présente comme suit : chacun des parlers puise continuellement dans son arsenal de moyens linguistiques et ajoute jusqu'à un degré aux caractéristiques communes d’autres traits spécifiques(-évolutifs), et ceci, dans une filiation inter-topolectale à établir.

Les sons et leur(s) signification(s) sont indissociables de la vie la plus profonde de l’Amazighe, à distinguer la valeur lexicale d’un mot et la (les) situation(s) contextuelle(s) où le mot est employé, puisqu’un seul mot peut avoir plusieurs significations (polysémie), déjà pour un même topolecte. La concordance lexicale en Amazighe n’est en grande partie imparfaite que d’apparence, et ce, à cause de la parenté génétique qui comporte d’amusants glissements et évolutions de sens et de forme, d’un parler à l’autre et, à des degrés plus hauts, d’un topolecte à l’autre. Dans beaucoup de cas on n’arrive pas à avoir ce que l’on cherche dès le début. Mais dans la quasi-totalité des situations de souche amazighe, on peut finir avec plus ou moins d’aisance par trouver un correspondant dont la racine est attestée dans les parlers en comparaison, en suivant les parallélismes reconnus dans l’état amazighe général. C’est ainsi qu’une même racine peut témoigner de deux mots de sens identique, voisin, divergent ou dissemblable ; ou au contraire, deux racines différentes peuvent être à l’origine d’un sens absolument ou relativement identique. Les créations et les transformations existent toujours, mais la langue ne retient et ne généralise qu’un minime ensemble de créations. Pourtant, c’est à partir de ce minime ensemble que la divergence s’accentue avec l’écoulement des périodes.
On peut commencer dans des questions à connaître les éléments qui constituent les sons les plus irréductibles, ensuite les sons proprement dits, puis les possibilités de combinaisons de sons, c’est-à-dire racine, mot et enfin combinaison et fusion de deux racines, voire plus. Cependant les frontières entres ces niveaux restent discutables. Ce n’est pas comme l’exactitude mathématique qui consiste à dire que la somme des angles d’un triangle soit toujours égale à la somme de deux angles droits.

Au stade actuel de connaissances de la langue amazighe, les variantes sont dues aux différentes transformations lexicales, dont il peut être évoqué la métathèse, la dissimilation, la réduction et l’augmentation, l’assimilation, le changement phonétique, l’effacement et la disparition de la composition, le nivellement,…et l’alternance.

Bien que les phénomènes concernant la variation lexicale sont d’une complexité, je me borne dans ce papier à aborder une situation très limitée en partant des sens liés aux notions « hier » et « maintenant » afin d’esquisser et d’exposer une idée sommaire illustrant la richesse lexicale dans la diversité sémantique de Tamazight. Le terme asennaṭ « hier » attesté chez les Mozabites (dorénavant, At Mẓab) se compose de as + nneḍ. Asennaṭ, pour lequel l’interprétation que j’ai donnée se base sur la concordance signifié/signifiant ou si l’on veut dire image sémantique/image acoustique dans la variante topolectale Tumẓabt, connaît une régulation sémantique dans les topolectes amazighes qui connaissent cette forme.

Je prends pour point de départ trois topolectes amazighes distants les uns des autres du point de vue géographique, pour dégager un raisonnement sur le terme asennaṭ.
Le sens d’« hier » est véhiculé chez les At Mẓab par asennaṭ. Le Kabyle de sa part, connaît iḍelli et le Chawi asennaṭ. Alors que dans ce dernier topolecte, iḍelli est employé pour dire « la nuit passée », et pas « hier ». Les données lexicales de cette situation aidant, il y a toute raison de penser que les deux termes asennaṭ et iḍelli auraient pu exister dans le passé et en même temps dans les deux topolectes des Kabyles et des At Mẓab. Dans cette supposition, ils auraient découlé et dû être formés selon les besoins sémantiques de la société (communautés topolectales) de cette époque (inconnue) et ce, à partir des éléments de base, à savoir, pour le cas du composé iḍelli : iḍ « la nuit » + lli « passer... ». Ceci se manifeste en s’accordant avec les fonctions amazighes synchroniques actuelles. Et, pour ce cas, c’est le Chawi qui explique que le sens de iḍelli « le jour passé, asennaṭ chez les At Mẓab » qui, en Kabyle, ne peut être qu’une évolution du sens (antérieurement diachronique) de « la nuit passée ». Cette situation est corroborée par les matériaux linguistiques attestés dans l’état général de Tamazight. Il est utile de dire que l’adverbe de temps iḍelli nni « la veille » attesté en Kabyle, soutient l’idée que iḍelli a signifié dans le passé et dans ce même topolecte « la nuit passée », en raison du fait que, comme il était de leur habitude, les sociétés amazighes se référaient au temps en comptant habituellement les jours par les nuits.

Par analogie à cette composition, le terme asennaṭ, en partant du sens « le jour passé », s’explique harmonieusement par : as + nneḍ (t). Il est théoriquement valable d’avoir les formes composées *iḍennaṭ « la nuit passée » et *aselli « le jour passé ». Dans cette optique, il est linguistiquement possible en ce sens que les règles qui régissent les relations des éléments en Amazighe, permettent de telles compositions, mais la langue (au moins pour les topolectes traités ici) n’a pas voulu que ça soit ainsi.
Il y a une approche à faire avec le verbe nneḍ qui, paraît-il, est dérivé par le morphème n, à partir de la monolitère Ḍ. Sous peine de faire une présentation sous un faux jour, je préfère pour le moment m’arrêter ici en disant que le domaine de la recherche en Amazighe est perméable à être profondément investi. Il devra connaître de sérieux progrès à l’avenir.

Quant à l’adverbe imaṛu « maintenant », attesté chez les At Mẓab, il aurait pu être transcrit avec imar[o], car d’après le point de vue diachronique, ce n’est pas le r qui, à l’origine, est emphatisé. Cette transformation phonétique ne peut être considérée systématique chez ces derniers locuteurs amazighophones.

En se conformant à la situation globale, et à partir des matériaux lexicaux attestés dans d’autres topolectes, imaṛu doit, à partir du fait qui dit que les valeurs émanent du système général, s’analyser en :

Imar = temps, moment...
u (qui n’est que la contraction ou la simplification en état d’annexion du pronom démonstratif masculin wu « celui-ci »).

La forme composée imaṛu a donné le sens de « actuellement, maintenant ».
La lettre r s’est transformée pour devenir emphatique sous l’influence de l’élément voisin wu et ce, par contamination. Ce phénomène est bien attesté en Tumẓabt. On réalise par exemple : aṃṃu qui est une formation à partir de am + wu « comme ça ».

Comme u des At Mẓab correspond à a des Chawi, des Kabyles…), imaṛu peut se comparer facilement avec la variante imira attestée en Tacawit, et qui s’analyse en :
Imir : temps, moment...
a : contraction de wa.

On peut opposer systématiquement la contraction de wa/a (en état d’annexion) connue des Kabyles et des Chawi en wu/u de Tumẓabt. On réalise dans cette dernière variante wu « celui-ci » et aγerm-u « cette cité (-ci) ». Il y aurait là une étude à faire au plan diachronique.

De même pour ntuṛu de Tumẓabt, il doit s’analyser en :
n = de (du complément déterminatif).
t(-u ) = préfixe du féminin.
r= racine monolitère renfermant l’idée du temps.
u : pronom démonstratif masculin.

La série dans son ensemble détaché : n-t-uṛ-u, donne à partir les règles de Tumẓabt le sens de « de maintenant ». Mais, pourquoi ntuṛu signifie dans l’état synchronique (actuel) de Tumẓabt tout à l’heure (dans le passé) et pas « maintenant ». Il n’est question ici que d’un changement de sens. C’est les faits diachroniques et leurs complications spatiales qui créent généralement la diversité des formes. Il est puéril de croire que les mots ne peuvent se transformer du point de vue sens (conceptuel) et forme (phonique), ou restent figés dans le temps. Ceci se confirme bien partout où la langue est vivante. Bien entendu, je donne un exemple qui est très connu de nos jours dans le topolecte des At Mẓab : « je suis malade, incapable... » se réalise à Taγerdayt ul zmiregh, tandis qu’à Berriane, on dit : lligh zemregh, pour le même sens.
En revenant à la question abordée, je précise que la forme kabyle tura « maintenant » explique l’évolution du sens de ntuṛu. L’image morphologique de tura s’analyse comme suit :

t (-u)= préfixe du féminin.
R = racine monolitère renfermant l’idée du temps.
a = pronom démonstratif masculin.

On emploie dans d’autres topolectes n tura pour signifier « de maintenant ». C’est l’idée de laquelle s’est développé le sens de n-tuṛu, chez les At Mẓab.
En passant, je tiens à préciser que l’essentiel de la méthode d’analyse des éléments lexicaux consiste à rechercher dans un signe à contenu senti composé le contenu non-composé, ou si l’on peut dire les éléments primaires qui apparaissent ou se répètent aussi dans d’autres contenus de la langue, à condition que ça soit vérifié et confirmé conformément à l’ensemble des variantes. Pour ce faire, il faut avoir déjà des outils lexicaux, et, de préférence, des connaissances dans cet ensemble linguistique, en observant les règles données dans la structure globale avec toutes leurs correspondances et manifestations.

Il est attesté dans l’ensemble amazighe toute une famille lexicale à racine r (dans des formes primaires, dérivées ou composées) dont je puis citer :

En Taqbaylit (sources verbales) :

Imir : temps.
Imiren : au temps, à l’époque...
Akka amira : à pareil moment (c’est un composé).
S imir : depuis.
Imir nni : alors, ensuite
...

En Tacawit (sources verbales) :

Imir : temps.
Imira : maintenant.
...

En Tamahaq (sources verbales) :

Tarut : heures du milieu du jour.

...

Les situations sont beaucoup plus profondes que ce qui vient d’être exposé. D’autres mots peuvent être soupçonnés en rapport de dérivation et de composition avec la racine monolitère R renfermant la notion du temps, comme imal « futur » qui est plausiblement issu de imar. Il est en accord avec l’évolution r > l attestée selon des régions amazighophones où ce phénomène de transformation est d’un poids considérable. Il peut être rajouté aussi yur, yennar, taziri/tiziri (< tasiri/tisiri = clair de lune), Ziri...

Conclusion

On peut en conclure qu’en causant un état d’hétérogénéité lexicale, des phénomènes concernant la variation lexicale ne sont qu’apparents. Dans l’état synchronique actuel, deux racines (voire davantage) de souche amazighe peuvent être employées suivant les évolutions et les différents choix des communautés topolectales pour arriver à véhiculer un seul et même sens (cas de asennaṭ/iḍelli) ; ou le contraire, une racine est à la base de donner des formes (primaires ou dérivées) identiques seulement d’un point de vue image sémantique (cas de tura/imira/imaṛu).
L’hétérogénéité lexicale de la langue Tamazight, dans beaucoup de cas, n’est qu’à cause soit des situations évolutionnaires, soit des choix des matériaux lexicaux, soit des variations dans les idées auxquelles sont attachés les contenus sémantiques.
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