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 L’accouchement de l’Auréssienne avant 1962

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zalatoo
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MessageSujet: L’accouchement de l’Auréssienne avant 1962   Dim 19 Juin - 17:58

L’accouchement de l’Auréssienne avant 1962

Depuis 1962, le service de santé a pénétré au plus profond du massif auréssien : un hôpital moderne de 150 lits à Arris, des polycliniques au niveau de chaque commune, des centres de santé dans les dechras les plus reculées et les plus enclavées en sont la preuve irréfutable. Certes, ce n’est pas parfait, loin s’en faut, mais il est incontestable que les populations auréssiennes jouissent d’une couverture sanitaire qui est loin d’être négligeable.

La vaccination des enfants est presque totale ; des accoucheuses rurales, formées par l’école paramédicale de Batna, assistent les femmes dans les maternités ; des PMI (centres de protection maternelle infantile) fonctionnement dans les chefs-lieux de daïras, réduisant sensiblement la mortalité des enfants.

Pendant “la longue nuit coloniale”, les Auréssiens étaient littéralement abandonnés, sans aucune prestation sanitaire. Il y avait, en 1954, un seul médecin de la “colonisation” pour toute la commune mixte d’Arris, qui englobait une grande partie du massif auréssien géohistorique. C’est dire le dénuement moral et physique dans lequel vivait la population autochtone.

L’Auréssienne qui devait accoucher n’avait que la matrone de la dechra ; c’était le drame, dans toute son horreur, l’injustice flagrante imposée par le pouvoir étranger. Les accidents étaient courants et des milliers de femmes mouraient en couches faute de soins élémentaires.

Dans le massif auréssien, vouloir créer une famille, avoir des enfants, ne se manifeste pas chez l’homme et chez la femme de la même façon ; les motivations n’étant pas les mêmes. L’Auréssien aspire toujours à être père, pour perpétuer son nom, agrandir la famille et préserver ainsi le patrimoine, un sentiment parfaitement légitime et très répandu dans cette société orographique et conservatrice.

L’Auréssienne également éprouve le besoin d’être mère, d’abord et avant tout pour s’attacher l’affection de son mari, car dans les Aurès beaucoup plus qu’ailleurs, une femme stérile est systématiquement répudiée. Par contre, la maternité précoce consolide le mariage et donne à la jeune femme un statut privilégié.

Tout au long de sa grossesse, la femme continue à vivre, à se comporter, à travailler comme auparavant, se livrant aux tâches les plus pénibles de son quotidien ; la maternité ne fait que s’y superposer, comme une contrainte complémentaire, naturelle et nécessaire.

Quand arrive le terme de la grossesse, on fait appel aux services de la matrone de la dechra. Les positions respectives que doivent tenir l’accoucheuse et la parturiente pendant l’opération sont caractéristiques et nécessaires car elles facilitent grandement l’événement. La matrone s’assied à même le sol, sur une natte, les jambes allongées et serrées l’une contre l’autre ; la patiente se met à genoux, en face d’elle, de sorte que ses jambes soient placées de chaque côté, en dehors de celles de l’accoucheuse sur les pieds de laquelle elle s’assied. Dans cette position, la matrone masse délicatement les flancs de la jeune femme qui se cramponne à une corde attachée à cet effet à une poutre du plafond, tout en invoquant la puissance divine et sa protection : “Dieu, délivre-moi.”

Dès que le nouveau-né apparaît, la parturiente lâche la corde et retombe sur la matrone en lui entourant le cou de ses bras.

L’évacuation du placenta est, elle aussi, grâce à diverses techniques, pour le moins originales : l’accouchée mord son bras en soufflant fortement dessus, ou souffle à pleins poumons dans une bouteille vide ; la matrone la fait éternuer en lui mettant du vinaigre ou du piment pilé dans une narine tout en obstruant l’autre.

L’accoucheuse attache le cordon ombilical en faisant trois ligatures à l’aide d’un fil ; la première doit être à quatre doigts de l’ombilic. Elle procède à la section, en prononçant la formule consacrée : “Au nom de Dieu Clément et Miséricordieux.”

Dès que le placenta est évacué, la mère se met debout ; l’accoucheuse lui enveloppe le ventre avec un bandage de laine, qu’elle gardera pendant les sept premiers jours ; elle s’allonge alors sur le côté. Dans cette position, la matrone lui masse lentement les flancs pendant un long moment pour la détendre. L’opération terminée, elle se remet sur le dos.

L’accoucheuse fait bouillir dans de l’huile d’olive de l’armoise et de l’oignon pilé, ou de l’armoise et de la résine, ou mieux encore, de l’alun ; lorsque cette préparation médicinale est suffisamment épaisse, elle la verse sur un tampon de laine, qu’elle introduit dans les parties intimes de l’accouchée pour éviter une éventuelle hémorragie. Cela fait, elle soulève délicatement les cuisses de la femme avec des coussins pour faciliter la circulation sanguine et les lui maintient serrées l’une contre l’autre en les liant à l’aide d’un morceau d’étoffe.

La tradition impose à la famille du nouveau-né d’offrir à la matrone un cadeau, le plus souvent une mesure de blé si c’est un garçon, une mesure d’orge si c’est une fille. Ce don est répété chaque année à la même date, pendant plus ou moins longtemps, suivant la générosité et les moyens de chaque famille.

Si aucune cérémonie ou réjouissance n’entourent la jeune mère à la naissance d’une fille, il n’en est pas de même à la venue d’un garçon, événement heureux non seulement pour la cellule familiale, mais pour toute la tribu.

Pendant sept jours, alliés et amis arrivent de tous les côtés pour féliciter le père. Les visiteurs expriment leur joie en apportant des cadeaux : les hommes donnent de l’argent ; les femmes offrent des fruits et surtout l’aqdih, que le père salue généralement à coups de fusil. Tous les cadeaux sont destinés à la nouvelle accouchée, qui peut en disposer à sa guise. Ses proches parentes, qui seules peuvent l’approcher pendant les sept premiers jours, sont chargées de les lui remettre.

L’aqdih est le cadeau traditionnel, symbolique, offert à la naissance d’un garçon, et dans certaines régions du massif, pour la circoncision : il se compose, dans l’Oued Abdi, d’un grand tarboût rempli de blé sur lequel sont arrangés avec soin des œufs, du maïs, des piments rouges, des oignons, des dattes, des noix, des raisins secs, des fleurs de grenadier, des morceaux de sucre et des bonbons.

Les femmes vident les récipients, à l’exception de celui qui contient le meilleur aqdih ; après y avoir mis une poignée de dattes, elles les restituent aux donateurs. Les dattes, symbole de douceur et d’opulence, sont offertes en remerciement de la “baraka” du blé, symbole de la vie.

Non seulement l’aqdih donne à l’accouchée la force sacrée dont le blé est le vecteur, mais il lui offre la blancheur des œufs, les bons augures des noix, des fleurs de grenadier, et enfin la force salvatrice émanant des oignons et des piments rouges.

Le septième jour, l’accouchée se lève et s’habille entièrement de neuf. Son repos ne dure pas davantage.

Jusqu’au quarantième jour, il n’est pas permis à la femme d’entrer dans une autre maison que la sienne. Durant la période d’allaitement, l’Auréssienne prend une alimentation copieuse et variée, selon les moyens de la famille. La mère, dont le seul souci est d’allaiter son nouveau-né, utilise divers moyens : elle prépare et boit une tisane de racines de figuier mâle (dhoukar). Si elle souffre de douleurs aux seins (crevasses, abcès, etc.), elle utilise des plantes médicinales appliquées en cataplasmes.

Lorsqu’une Auréssienne allaite un enfant qui n’est pas le sien, le lien de parenté indissoluble qui se crée fait de ce dernier, même s’il ne prend son sein qu’une fois, le propre enfant de sa nourrice et de son époux.

Cet allaitement entraîne les mêmes empêchements au mariage en vigueur en islam. Néanmoins, aucun droit successoral n’est donné à l’enfant allaité ; il ne devient héritier de la femme qui lui a donné le sein et de son mari que par une clause testamentaire en sa faveur.

Chenouf Ahmed Boudi





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lysbleu

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MessageSujet: Dur, dur !   Mar 21 Juin - 19:24

Merci Zalatoo de nous avoir fait vivre, presque en direct, les affres des accouchements de ces mères, ces héroïnes, qui ont donné la vie à ceux qui ont porté le flambeau de la liberté et qui ont permis, ensuite, à leurs enfants, en fréquentant l'Université Algérienne, d'être médecins, ingénieurs, artistes etc.
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