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 le quotidien d'oran

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djemaa



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MessageSujet: le quotidien d'oran   Mar 31 Jan - 15:28

Forum des riches et des pauvres: deux visions du monde



Par Chems Eddine Chitour

Professeur, Ecole Polytechnique



«Nous ne vivons pas sous l’emprise fatale de la mondialisation, mais sous le joug d’un régime politique unique et planétaire, inavoué, l’ultralibéralisme, qui gère la mondialisation et l’exploite au détriment du grand nombre. Cette dictature sans dictateur n’aspire pas à prendre le pouvoir, mais à avoir tout pouvoir sur ceux qui le détiennent (...) Nous pouvons résister à cette étrange dictature qui exclut un nombre toujours croissant d’entre nous, mais garde - c’est là le piège, et surtout notre chance - des formes démocratiques».

Le premier Forum social mondial avait été organisé en janvier 2001, après avoir été décidé, en juin 2000, par le Brésil et Bernard Cassen, à l’époque président d’Attac, un mouvement contre une mondialisation-laminoir. Et ce n’est qu’en janvier 2002 qu’il a pris une certaine ampleur. Pourtant, à ce moment déjà, on parlait d’essoufflement... Le risque, aujourd’hui, est avant tout celui d’un éparpillement et d’une dilution du message. Message qui est devenu au fil des ans assez flou alors qu’il était assez simple avant, à Porto Alegre. Par ailleurs, être moins global et plus proche de la société civile est positif. Le concept d’altermondialisation part de l’idée généreuse qu’il y a une alternative à l’horreur économique dont parle Viviane Forrester.

Pour éviter l’usure des forums annuels de Porto Alegre, les altermondialistes ont décidé d’»étaler» leur forum tous les deux ans: à la rencontre de Bamako 23 janvier, a succédé celle de Caracas fin janvier, puis, en mars, de Karachi (Pakistan). Caracas, Bamako, Karachi: la trajectoire, sur la planisphère, des trois villes où se tient cette année le Forum social mondial (FSM) dessine une droite dynamique et croissante. Symbolique involontaire pour appuyer un pari risqué. La déconcentration du FSM en plusieurs lieux, sur plusieurs continents. 2006, est ainsi l’année du premier Forum social mondial «polycentrique». Jusqu’à présent, la Charte du FSM avait prudemment privilégié l’unité d’espace et de temps, conviant les troupes altermondialistes dans les villes de Porto Alegre (2001, 2002, 2003, 2005) et Mumbai (2004), dans la période où se tient le Forum économique mondial, gratin de chefs d’entreprises, économistes, chefs de gouvernements, venus débattre, sous haute surveillance, des affaires économiques de la planète à Davos (1).

C’est devenu alors un rituel saisonnier: la nébuleuse altermondialiste s’interroge sur la capacité du FSM à surmonter les périls réels ou supposés qui le guettent. Force est de reconnaître que le rassemblement annuel, dont la fréquentation approche désormais les 150.000 personnes, a chaque fois démontré une vitalité surprenante. Rétif à la récupération et à la banalisation, entretenant une dynamique puissante, il a validé année après année, par la diversité culturelle et géographique des mouvements qui y prennent part, son statut d’opposant planétaire au monothéisme économique (et largement occidental) de Davos.

Du 19 au 23 janvier, à Bamako, s’est tenu le 6e Forum social mondial (FSM), engagé dans la lutte contre «la domination du monde par le capital» et dans la recherche «d’alternatives aux politiques néolibérales» (...) (2). A Bamako, les Africains entendent donner la réplique à Davos. Les autorités maliennes voient d’un bon oeil les rues de la capitale pavoisées de banderoles proclamant «L’Afrique n’est pas à vendre» ou «La dette nous tue, tuons la dette». Pour Mme Traoré, le forum de Bamako doit permettre de «voir le monde à partir de l’Afrique», alors qu’»on a plutôt coutume de nous tendre un miroir pour nous montrer comme nous sommes pauvres et corrompus». Pour cette cheville ouvrière du FSM, qui perçoit la mondialisation comme un prolongement de la colonisation et rappelle que «celui qui donne dicte les solutions», il appartient aux Africains de s’émanciper en osant se réapproprier leurs valeurs. Tout le pari est là. Comment se réapproprier ses valeurs quand la dette étrangle la plupart des pays africains qui consacrent plus d’argent au remboursement de la dette qu’aux services de l’éducation et de la santé.

L’Appel de Bamako nous rappelle, à bien des égards, les motions des années 60 pour stipendier l’impérialisme et ses laquais. Tout en générosité, il donne l’impression d’être en décalage par rapport à la dure réalité de la mondialisation. Construit autour de grands thèmes discutés en commissions, il affirme la volonté de: - Construire l’internationalisme des peuples du Sud et du Nord face aux ravages engendrés par la dictature des marchés financiers - Construire un monde fondé sur la solidarité des êtres humains et des peuples - Construire un monde fondé sur l’affirmation pleine et entière des citoyens et l’égalité des sexes - Construire une civilisation universelle offrant à la diversité dans tous les domaines son plein potentiel de déploiement créateur qui regarde l’avenir sans nostalgie passéiste - Construire la socialisation par la démocratie - Construire un monde fondé sur la reconnaissance du statut non marchand de la nature et des ressources de la planète, des terres agricoles. La privatisation et la marchandisation à outrance entraînent des effets dévastateurs sans précédent: la destruction de la biodiversité, la menace écologique, le gaspillage des ressources renouvelables ou non (pétrole et eau en particulier), l’anéantissement des sociétés paysannes. Tous ces domaines doivent être gérés comme autant de biens communs de l’humanité. Construire enfin, un monde fondé sur la reconnaissance du statut non marchand des produits culturels et des connaissances scientifiques, de l’éducation et de la santé.



Cela passe par la promotion des politiques qui associent étroitement la démocratisation sans limite définie à l’avance, le progrès social et l’affirmation de l’autonomie des nations et des peuples. L’objectif de l’égalité à construire passe par la diversité des moyens à mettre en oeuvre. Mais, aussi, par l’affirmation de la solidarité des peuples du Nord et du Sud dans la construction d’un internationalisme sur une base anti-impérialiste (3).

Le polycentrisme du FSM a fait que même au Maghreb (Forum qui n’était pas prévu), les altermondialistes maghrébins ont créé un forum social commun. En effet, 400 altermondialistes du Maghreb ont ouvert vendredi 27 janvier à Bouznika (50 km au sud de Rabat) les travaux d’une assemblée constitutive du «Forum social maghrébin» (FSM).

A Caracas, la bataille pour une «autre information possible» s’affirme comme l’un des enjeux centraux du Forum social mondial (FSM) à Caracas, où les altermondialistes appellent à résister, à l’image de Telesur, première chaîne régionale d’Amérique latine, à la communication de masse dominante. Président d’Inter Press (IPS), Joaquin Costanzo déplore que le sous-continent ne soit «présenté qu’à travers tremblements de terre ou coups d’Etat», plaidant pour une «contextualisation» de l’information et une «meilleure écoute des groupes ethniques». «La parole a été volée par ceux qui contrôlent l’économie pour imposer un discours unique», selon l’Argentin Nestor Busso, vice-président de l’Association latino-américaine de l’éducation radiophonique. Alternative à cet «impérialisme culturel» et à l’invasion de 3.500 chaînes câblées américaines, Telesur tente de rendre aux spectateurs d’Amérique latine «leur mémoire et leurs racines» et en faire «des citoyens critiques, pas des consommateurs», souligne son directeur, le journaliste uruguayen Aram Aharonian (4).

Le Forum social mondial 2006 de Caracas, à son avant-dernier jour, a été sommé par son hôte, le président vénézuélien Hugo Chavez, de choisir entre la «folklorisation» ou la voie d’un nouveau «socialisme mondial». Le président vénézuélien a invoqué la formule marxiste de Rosa Luxemburg, «Le socialisme ou la mort», pour illustrer le dilemme auquel est confronté, selon lui, le grand rendez-vous annuel des altermondialistes.

«Nous ne pouvons pas perdre de temps, il s’agit d’essayer de sauver la planète, en changeant le cap de l’histoire, en construisant un mouvement authentiquement socialiste sur la planète», que «le capitalisme est en train de tuer», a-t-il martelé. Le FSM, qui prône un «autre» monde, plus solidaire et plus juste, risque de se résumer à un événement où «l’on discute et l’on discute sans arriver à des conclusions», a jugé le président vénézuélien. «Un forum touristique ou folklorique, ce serait une chose terrible», «Un monde différent, un monde de paix n’est pas seulement possible, il est nécessaire» (5).

Présenté par le mouvement anti-mondialisation comme une institution diabolique qui décide en secret du sort de la planète, le Forum annuel de Davos est devenu victime du succès de sa formule qui en a fait un lieu de rencontres exceptionnel. De simple symposium, Davos devient le nombril de la mondialisation. Et la cible parfaite de tous les opposants à l’idéologie «globalitaire». Davos et Caracas sont-elles sur une même planète ? A Davos, Le Forum des riches. C’est un autre son de cloche, c’est le monde des décideurs, on décide et on passe à l’acte. Cette année, la montée en puissance de l’économie chinoise et deux initiatives spectaculaires pour financer la lutte contre les épidémies ont dominé l’édition 2006 du Forum de Davos. Lieu de rencontres informelles pour plusieurs centaines de chefs d’entreprises, propice aux contacts discrets et à la réflexion sur l’état de la planète. Le Forum avait invité pour la première fois le monde du sport, avec deux sportifs de légende: le footballeur Pelé et le boxeur Mohammed Ali.

Côté économique, les experts présents à Davos ont constaté que la Chine, dont l’économie s’emballe (+9,9% en 2005), est maintenant la nouvelle locomotive de la croissance mondiale, suppléant au ralentissement de la consommation américaine. Bill Gates a mis 600 millions de dollars sur la table pour combattre la tuberculose. Bono s’est efforcé, lui, de prouver qu’on pouvait concilier charité et business. En échange de contributions financières à la lutte contre le sida en Afrique, des grandes entreprises auront le droit d’apposer un label de qualité humanitaire sur certains de leurs produits.

Fête somptueuse de Google, nouveau milliardaire. Le show-business fait recette. C’est dire si on est loin des préoccupations des centaines de millions de personnes qui gagnent moins d’un dollar, qui n’ont pas accès à l’eau et à l’électricité. Quand on apprend qu’un citoyen suisse gagne en un jour ce que gagne un Africain en un an ! Quand la fortune de 6 milliardaires est équivalente à la richesse de 1,5 milliard de personnes. Quand on sait qu’un Africain naît avec une dette de mille dollars qu’il ne peut rembourser même en se réincarnant plusieurs fois, il y a forcément quelque chose de pourri dans le royaume.



L’hypocrisie des pays industrialisés médiatise à outrance l’aumône de l’Aide Publique au Développement, alors que dans le même temps le service de la dette est autrement plus ravageur puisqu’il compromet définitivement toute velléité de développement durable. Comment peut-on demander aux pays en développement (toujours dans cet état depuis quarante ans) une bonne gouvernance, quand parallèlement on leur interdit de financer les systèmes éducatifs et de santé vecteurs importants de la cohésion sociale. Ce qui nous est, en fait, demandé, c’est d’ouvrir nos marchés, c’est de laminer nos maigres productions nationales et les donner en pâture aux multinationales qui sont, de loin plus performantes. Est-ce cela mondialisation du bonheur des chantres du libéralisme à outrance à l’instar de Alain Minc ? (6).

En définitive, qu’offrent les altermondialistes en dehors de leur bonne foi ? Si les précurseurs ont joué un rôle non négligeable, on a la pénible impression que chaque forum est le dernier. Tant il est difficile de faire un bilan des précédents et, partant, de tracer un nouveau cap pour les suivants. Porté principalement à ses débuts par la société civile, le forum social peine à se déployer et à proposer une alternative crédible en dehors de celle des voeux pieux. Le seul frémissement est venu cette année de Caracas, où nous avons vu sans surprise le président Chavez politiser le débat, ce qui est contraire, nous dit-on, aux textes fondateurs du forum.

C’est en définitive un véritable catalogue à la Prévert de voeux pieux qui sont ressassés chaque année, créant au fil des ans une lassitude des dirigeants et surtout des purs et durs qui ne voient, après 6 ans de forum, aucun signe avant-coureur du plus petit changement dans la précarité des citoyens du Sud. En face, le Davos des riches et des puissants semble planer, il n’est naturellement pas question des mêmes thèmes, on laisse cela à l’ONU avec sa gestion calamiteuse du Millénium round.

Le thème du forum économique est «l’impératif créatif». Pourtant, ce qui manque aux forums sociaux, c’est justement la créativité. Malgré des finalités opposées, les problématiques de Davos et de Caracas semblent à maints égards s’interpénétrer. De quoi redonner quelque espoir à ceux qui estiment qu’entre deux absolutismes idéologiques, il y a place pour une réflexion novatrice... Les altermondialistes ont, d’un certain point de vue, réussi à faire partager leur image d’un «match» se jouant entre le Forum de Davos et les Forums sociaux. Ils ont réussi à établir une équivalence entre deux événements qui n’ont rien d’équivalent. Mais, désormais, l’idée est de se déconnecter de plus en plus de Davos, entre autres par le choix des dates (7).

Est-il alors moral de laisser cette machine du diable accaparer le pouvoir d’être le seul arbitre de l’histoire économique, technologique, politique, sociale de ce nouveau siècle ? Chacun de nous devra s’interroger sur son devenir, de sa culture, de son pays. Nous avons besoin d’une nouvelle philosophie qui nous permette de comprendre le problème d’une façon nouvelle et d’agir selon cette compréhension. La philosophie est simple: chacun a le droit d’être humain. C’est un nouveau paradigme de la connaissance. Ce qui s’ensuit est révolutionnaire. Cela détruit un siècle de déterminisme et nous permet de recréer l’humanité. Notre tragédie deviendrait la comédie humaine (Cool.

En Algérie, malgré l’existence d’une société civile inquiète des dérives de la «mondialisation», les choix actuels qui font plus dans l’incantation laissent la porte ouverte à toutes les interrogations. Les grandes questions qui intéressent l’avenir de la nation algérienne n’ont pas fait l’objet de débats transparents et, partant, de consensus entre tous les partenaires sociaux, notamment les universitaires dont le silence est, à bien des égards, assourdissant (9).



Notes



(1). Patrick Piro, Caracas, Bamako, Karachi: Le Forum Social

Se Mondialise.

(2). Jean-Baptiste Marot: Bamako Versus Davos, Jeune Afrique/L’intelligent N° 2349 Janvier 2006.

(3). Appel De Bamako, Attac N° 540

Du 27 Janvier 2006.

(4). AFP, Le Forum Social Mondial S’attaque A La Bataille De L’information, 27 Janvier 2006.

(5). Chavez Somme Le Forum Social De Choisir Entre «Le Socialisme Ou La Mort», Le Monde, 28 Janvier 2006.

(6). Alain Minc: La Mondialisation Heureuse. Editions La Découverte, Paris, 1992.

(7). Eddy Fougier, Nouvel Observateur: Propos Recueillis Par Flore De Bodman, Le Mercredi 25 Janvier 2006.

(Cool. E. Bond, Le Monde Diplomatique, Janvier 2001.

(9). C.E. Chitour: La Mondialisation : Espérance Ou Chaos ?

Editions Anep, 2002.
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