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 TOUS BRBR

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djemaa



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MessageSujet: TOUS BRBR   Mer 23 Aoû - 12:08

L'Expression -23 août 2006- Mohamed TOUATI
AHAGGAR
Les secrets de l’art de la forge

Les bijoux ont de tout temps eu pour fonction, l’ostentation et l’exhibition
Si les artisans bijoutiers d’Ath Yenni où se tient traditionnellement la fête du bijou Kabyle représentent une catégorie sociale bien définie, intégrée dans un réseau économique moderne, les artisans forgerons (notamment, ceux de l’Ahaggar), les Inaden en langue Tamahak, obéissent aux normes d’une catégorie sociale qui s’apparente à une appartenance de caste reposant sur une organisation sociale qui régit la société touarègue. L’aristocratie guerrière autour de laquelle étaient groupés des tributaires ou dépendants était le fondement même de la société traditionnelle targuie.
Le pouvoir du chef étant incarné par l’Amenokal au niveau de chaque confédération politique d’importance numérique inégale. On retrouve, cependant, dans chaque confédération, tous les niveaux de hiérarchisation sociale à l’instar de la caste des Inaden.

L’apport magico-religieux à la survie du groupe
Les Inaden, en petit nombre, forment une catégorie sociale singulière. Détenant un savoir-faire, ils sont aussi craints par la détention d’un pouvoir magique lié à la manipulation du feu.
La manipulation du fer, métal considéré comme impur, leur a conféré ce pouvoir. Pour se protéger des maléfices que peut entraîner le travail du fer, leurs enclumes sont incrustées à leur base de cuivre et de laiton. Une Takouba, épée sans cuivre au pommeau, est vouée aux génies de la solitude, tôt ou tard, elle se brise si son propriétaire ne l’a pas perdue auparavant, selon une croyance bien ancrée dans la société touarègue. Le pouvoir de neutralisation du fer par ces deux métaux (cuivre, laiton) explique leur présence sur les armes mais aussi les cadenas.
Le cuivre jouit aussi d’un pouvoir curatif et repousse les esprits malfaisants.
Les anneaux de cuivre protègent contre les rhumatismes et les Kel Essouf (peuple du néant). Le forgeron en Afrique est celui qui communique avec le monde de l’invisible et il détient une place particulière. Reconnu pour ses dons de guérisseur, ses interventions seront appréciées pour le maintien et l’équilibre du groupe.
En Kabylie, par exemple, société dont la structure reposait sur la propriété de la terre, le forgeron, par la pratique de rituels (entre autre la circoncision pour éloigner le mauvais oeil), assurait aux cérémonies la prospérité aux structures qui régissent le groupe lié au travail de la terre. «Il jouera le vol». Il volera la première gerbe coupée, mimera l’acte pour en réduire la probabilité. Il inaugurera les premiers labours en défrichant la première jachère. Investi d’un pouvoir que lui confère son statut pour conjurer le mauvais sort. Ces actes, en étroite relation avec l’invisible, garantissent la prospérité des travaux agraires. Par la maîtrise du secret de l’art de la forge, il sera redouté mais nécessaire à l’équilibre du groupe.
C’est par les anciens captifs que fut introduite la caste des Inaden en Ahaggar et chez les Kel Ajjer, au Tassili lorsque le royaume du Soudan s’étendait jusqu’au sud du Sahara.
Les Inaden du Hoggar se réclament d’un ancêtre commun et ils étaient environ 150 au début des années soixante-dix.
Localisés dans les centres de culture de Tit, Abalessa, Tazrouk, In Amguel, Silet, Tiwalawelen et Tamanrasset, la plupart d’entre-eux proviennent des massifs montagneux de l’Aïr, au Niger et de l’Alrar des Iforas au Mali.
Leur branche principale serait issue des Dag Ec-Ci.
On raconte que, Wagandi, Amenokal des Kel Rela, au cours de l’une de ses nombreuses razzias, aurait ramené plus de 40 Inaden libérés par la suite. Les groupes qui forment cette catégorie sociale se résument à trois lignées bien distinctes: Les descendants d’Alamin qui ont suivi leur libérateur, l’Amenokal Wagandi, en Ahaggar. La lignée de Mohamed Ahmed, originaire de l’Adrar des Iforas, dont l’arrivée en Ahaggar se situerait entre les années 1855 et 1880.
C’est leur ancêtre qui aurait construit le siège de Tin Hinan selon la légende.
Les descendants de l’ancêtre Sama se seraient, quant à eux, d’abord rendus au Tafilalet. Une branche aurait suivi les sultans Imenans au Tassili N’Ajjer, l’autre branche se serait installée en Aïr chez les Iwllimiden. Les descendants de Sama se revendiquent d’un ancêtre femme «Tammenenad», nom porté par d’anciens et réputés forgerons de l’Aïr pour leur savoir-faire.
Les descendants d’Alamin purent asseoir leur suprématie sur les descendants de Sama bénéficiant de l’hégémonie que firent régner les Kel Rela sur les Touareg de l’Ahaggar qui, eux, dépendaient des sultans du sultanat des Imenan. Comme la plupart des groupes de la société touarègue, les Inaden sont essentiellement endogames.
L’interdiction de se marier à l’extérieur du groupe est cependant quelque fois transgressée.

Le bijou, partie intégrante des manifestations de la société
C’est de la fabrication répétée des modèles que s’acquiert cette dextérité et cette maîtrise qui pousse l’artiste forgeron à se surpasser. Cette pratique renvoie à des temps immémoriaux qui attestent de l’histoire d’un peuple et de ses origines.
Les formes parfaites que nous restituent l’image dans ses moindres détails, livrent la complexité d’une architecture à l’art consommé sans en délivrer le moindre secret si ce n’est un bijou qui laisse en extase.
Le bijou n’est, cependant, pas arraché à son environnement, il fait partie intégrante des manifestations de la société, il est étroitement lié à son histoire, sa cosmogonie.
Les noms de certains bijoux naissent de la formation de mots fortement imagés et sont souvent associés à des désignations anthropophormiques.
Si Tissakt est le nom commun à toutes les bagues, Tissakt Tan Boutout désignera, elle, la bague du nombril proéminent. Tiraout Tan Taguezarant, pectoral en forme de losange, signifie «Amulette de la femelle du Dobe». Les femmes de Djanet appellent «Tchatchat», les triangles qui terminent les chaînes des boucles d’oreilles qu’elles portent, par rapport au son du bruit qu’elles produisent lorsqu’elles se mettent en mouvement.
Les bijoux ont de tout temps eu pour fonction, l’ostentation et l’exhibition, mais aussi la désignation de l’appartenance à une caste ou une catégorie sociale tout en demeurant un complément nécessaire au vêtement.
La femme targuie se pare et répond à l’invitation des femmes de son rang ou fait face, comme dans le cas de Sebeïba, événement culturel de la ville de Djanet, aux femmes du Ksar opposé, auquel elles font face, l’espace d’une journée, dans le cadre de joutes musicales empreintes de poésies.
El Guetara dont l’origine remonte à la nuit des temps est un bijou devenu rare, disparu du commerce, on le retrouve surtout chez les familles nobles.
Il est constitué de perles de coralline et de cuivre, en son milieu, dont une partie est en dent d’éléphant.
Les femmes descendantes d’esclaves, les Herratines, en portent des contrefaçons faites de pâte de verre.
Ce bijou rare et ancien provient des razzias des princes du Hoggar lorsque le royaume du Soudan s’étendait jusqu’au sud du Sahara.
Les pratiques magico-religieuses guerrières sont la traduction d’obligations nécessaires pour l’équilibre du groupe, et la parure et le costume en font partie.
Aujourd’hui, dans un cadre rigide et organisé, les «guerriers» miment la guerre, simulacre renvoyant à un lointain passé d’où nous est parvenu le fameux bracelet, Tiokaouen, en pierre noire à la face acérée qu’autrefois les guerriers portaient autour du bras et qui servait d’arme redoutable pour étrangler leurs ennemis. Entre traditions et modernité, c’est tout un art raffiné de l’expression d’un mode de vie qui nous est parvenu.
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