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 Dihya, la kahina des Aurès,

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djamal



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Date d'inscription : 12/04/2007

MessageSujet: Dihya, la kahina des Aurès,   Jeu 26 Avr - 17:52

Dihya, la kahina des Aurès,
extrait de la guerre de deux milles ans
Tiré de l’oeuvre en fragments
KATEB YACINE

Entrent deux paysans.

PREMIER PAYSAN : Le feu, toujours le feu !
SECOND PAYSAN : Sang et poussière Feu et flammes Sur la terre libre d’Amazigh !
PREMIER PAYSAN : Où irons-nous Si toute la terre brûle ?

Entre Dihya. Elle s’adresse aux paysans.

DIHYA : Les récoltes sont perdues Mais nous pouvons tout perdre II nous reste la terre. A chacun de ses pas Sur le sol des ancêtres L’ennemi ne trouvera Que le feu sous la moire.
PREMIER PAYSAN (à part) : La guerre n’est pas notre métier.
SECOND PAYSAN (même jeu) : Nous ne sommes pas des soldats. Nous avons pris les armes Pour défendre la terre, Non pour détruire notre pays.
PREMIER PAYSAN : C’est le blé, c’est le pain qui brûle !
SECOND PAYSAN : Le pain de nos enfants !
DIHYA : Le pain, le pain amer, Le pain amer de l’esclavage ! Ils voudraient, les envahisseurs Vous le faire manger à genoux. Et demain si vous acceptez Ils vous le feront manger à plat ventre !
PREMIER PAYSAN : Si les Arabes avaient raison ?...
SECOND PAYSAN : Ne sont-ils pas les hommes de Dieu ?
PREMIER PAYSAN : Les Juifs et les Chrétiens Ne croient-ils pas aussi En un seul Dieu unique ?
DIHYA : Toutes ces religions qui n’en sont qu’une Servent des rois étrangers. Ils veulent nous prendre notre pays. Les meilleures terres ne leur suffisent pas. Ils veulent aussi l’âme et l’esprit de notre peuple. Pour mieux nous asservir, ils parlent d’un seul Dieu. Mais chacun d’eux le revendique Exclusivement pour lui et pour les siens. Ce Dieu qu’on nous impose De si loin par les armes N’est que le voile de la conquête. Le seul Dieu que nous connaissons, On peut le voir et le toucher : Je l’embrasse devant vous, C’est la terre vivante, La terre qui nous fait vivre, La terre libre d’Amazigh !

Elle embrasse la terre, imitée par les paysans. Entrent deux cavaliers.

CHOEUR DES CAVALIERS : II n’y a de dieu qu’Allah Et Mohamed est son prophète !
DIHYA : O peuple qui te dis libre, Pourquoi opprimes-tu Un autre peuple libre ?
PREMIER CAVALIER : Tu l’entends ? C’est cette femme Qui soulève les tribus contre nous.
SECOND CAVALIER : Dans ce pays les femmes sont belles.
PREMIER CAVALIER : Comme les vierges du paradis...
SECOND CAVALIER : Chez nous en Orient, Une jolie berbère se vend Plus de mille pièces d’or.
PREMIER CAVALIER : Sidi Okba ramène 80 000 esclaves.
SECOND CAVALIER : A nous les vierges du paradis !
PREMIER CAVALIER : Ecoute ô Kahina !
DIHYA (à distance) : Pourquoi donc ne nous appellent-ils Jamais par mon nom ? Mon nom est Dihya.
SECOND CAVALIER : Ecoute ô Kahina !
PREMIER CAVALIER : Pense à ton pays.
SECOND CAVALIER : Pense à tes enfants.
PREMIER CAVALIER : Rends-toi, il n’est que temps.
SECOND CAVALIER : Ecoute, ô Kahina !... ...
CHOEUR DES CAVALIERS (invisibles) : Il n’y a de dieu qu’Allah Et Mohamed est son prophète !
DIHYA (aux paysans) : Les Arabes m’appellent Kahina, la sorcière. Ils savent que je vous parle, et que vous m’écoutez ... Ils s’étonnent de vous voir diriges par une femme. C’est qu’ils sont des marchands d’esclaves. Ils voilent leurs femmes pour mieux les vendre. Pour eux, la plus belle fille n’est qu’une marchandise. Il ne faut surtout pas qu’on la vole de trop près. Ils l’enveloppent, la dissimulent comme un trésor volé. II ne faut surtout pas qu’elle parle, qu’on l’écoute. Une femme libre les scandalise, pour eux je suis le diable. Ils ne peuvent pas comprendre, aveugles par leur religion.
PREMIER CAVALIER : Pour la dernière fois, Ecoute, ô Kahina, reine des berbères...
DIHYA (aux paysans) : Ils m’appellent Kahina, ils nous appellent berbères, Comme les Romains appelaient barbares nos ancêtres. Barbares, berbères, c’est le même mot, toujours le même Comme tous les envahisseurs, ils appellent barbares Les peuples qu’ils oppriment, tout en prétendant les civiliser Ils nous appellent barbares, pendant qu’ils pillent notre pays.
Aux cavaliers :
Les barbares sont les agresseurs. Il n’y a pas de Kahina, pas de berbères ici. C’est nous dans ce pays qui combattons la barbarie. Adieu, marchands d’esclaves ! Je vous laisse l’histoire Au cœur de mes enfants Je vous laisse Amazigh Au cœur de l’Algérie !
Charge de cavalerie. Elle est tuée au combat.
CHOEUR DE PAYSANS : O Dihya, tu t’es sacrifiée ! Le cœur qui pleure, Je voudrais le bruler. La cause des ancêtres Est toujours plus puissante. La nuit tombe sur les traitres.
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